La Juste Route (film)

D’après une nouvelle de Gabor T. Szanto.

Film hongrois réalisé en 2015 par Ferenc Török.

Sorti en 2017


La Juste Route, film en noir et blanc, nous plonge dans un suspens ; en effet, c’est à l’annonce de la nouvelle que deux juifs rescapés des camps, silencieux et fantomatiques, s’approchent du village, que celui-ci va soudainement perdre ses apparences de petit village hongrois guilleret, aux allures champêtres. Lambiance va s’assombrir et telle une menace qui gronde, les dits et les non-dits et, au-delà des mots, les fantasmes et le retour du refoulé, vont commencer à faire surface. Les questions se lisent sur les visages et dans les agirs de la population qui, soudainement, s’agite de façon compulsive : sont-ils venus chercher  réparation ? Les villageois ont-ils, à leur tour, été dénoncés ? Est-ce que ces juifs transportent dans leurs malles des marchandises pour reprendre possession de leur commerce... ?
 

J’ai « aimé » ce film... difficilement soutenable

La Seconde Guerre mondiale, comme toutes les guerres, a engendrée les pires monstruosités : les folies ordinaires, la cupidité et l’appât aux gains, les lâchetés humaines de ceux qui ont tiré profit du malheur de leurs voisins. La cruauté déconcertante et le mal dans toute sa banalité.
Mais, une fois la guerre terminée, pour pouvoir envisager de reconstruire une société et avant que l’oubli ne commence à faire son œuvre, il faut se rendre à l’évidence que les protagonistes vont devoir, inévitablement, se confronter à ce réel, qu’il faut dé-passer : restituer/re-situer, revisiter une dernière fois l’histoire, pour que – élaborée – elle se métabolise. C’est, pour moi, tout le sujet de ce film.
Les villageois, perdant leur aplomb de surface, passent du malaise individuel, aux querelles familiales et, participant à la paranoïa collective, des situations extrêmes deviennent inéluctables.
A l’opposé de la culpabilité de groupe, les deux juifs sont totalement muets et graves, dans leur parcours individuel. Lentement, drapés – voire figés – dans un temps historique qui semble ne pas pouvoir les dépasser, ils suivent leur route. Et, même si les dernières scènes du film sont peu incarnées dans la réalité, à leur façon, ils passent « leur juste route ». Pour eux, c’est probablement la transmission de l’histoire et l’élévation de la mémoire qui font trace et non pas les biens matériels. 
C’est justement ce qui me semble important dans ce film : entre les protagonistes, il n’y a pas de rapport de force dans le réel, mais dans les imaginaires ; chacun faisant avec ses propres ressources psychiques et, dans une ambiance certes lourde, le spectateur est, finalement, lui aussi, convoqué.

Le mariage aura-t-il lieu…?


Un film dont la critique a peu parlé. Distribué dans peu de salles. Un film à ne pas laisser passer.