Interview de Christine Orban :

N'oublie pas d'être heureuse

Albin Michel (2009)



Eric Hennekein : Y a-t-il dans votre livre " N'oublie pas d'être heureuse " une part autobiographique ?

Christine Orban : Oui. C'est moi qui parle et le cadre est celui de mon enfance. Il y a des détails que j'ai modifiés, comme par exemple l'absence de la soeur que j'avais...

E.H. : ... il y a une soeur.


C.O. : C'est une amie.


E.H. : Qui " joue " le rôle de la soeur...


C.O. : C'est vrai ..., elle va mourir " comme ma petite soeur ". Il y a une unité de lieux que j'ai simplifiée, car ceci m'intéresse moins que ce qui se passe dans la tête de mes personnages.


E.H. : Votre livre est beau ; esthétiquement il est très réussi, l'image de couverture est belle, le titre est percutant ...


C.O. : C'est le travail de mon éditeur et c'est aussi mon seizième roman que je publie. Je dois dire que lorsqu'ils m'ont présenté cette maquette j'ai immédiatement trouvé celle-ci réussie.


E.H. : J'ai pris plaisir à lire votre livre, à prendre le temps de le lire. Il me semble que l'on prend plaisir à lire votre livre parce qu'il est " doux ". On a l'impression de s'y installer tranquillement et on n'a pas envie de le quitter.


C.O. : Je n'ai pas eu non plus l'envie de le quitter. J'étais bien avec mes personnages et cela m'arrive parfois ; j'ai souvent un baby blues au moment où je termine un livre car j'ai l'impression que la vie intérieure, la vie imaginaire, est une double vie. Une vie à part entière, une vie importante.


E.H. : Je réalise ces entretiens d'auteurs afin de les publier sur mon site Internet de psy, et d'en recommander la lecture. Lors de ma lecture, j'essaye de porter un regard, de trouver une approche qui pourrait intéresser, interpeller mes patients, sur certains aspects de la vie, sur la façon d'aborder certaines difficultés de la vie, vue par des personnages de roman. Dans votre livre, tout d'abord j'ai trouvé que le fait qu'il soit scindé en deux parties est intéressant : comme s'il y avait une opposition de " papa / maman ", c'est-à-dire une première partie qui va voir la mort de papa, puis, dans la deuxième partie du livre, c'est vous qui quittez votre mère.


C.O. : Mon éditeur, à la lecture du manuscrit, m'a proposé d'en faire deux livres et je m'y suis opposée : ce qui m'intéresse c'est de " trimballer " une même personne dans des lieux différents. Finalement, on peut faire des expériences très différentes mais en restant, en se trouvant, soi-même. C'est la même personne, Maria-Lila, qui, à Paris, va souffrir de sa sensibilité, mais elle va en vivre l'expérience dans des lieux différents. C'est une expérience de vie.


E.H. : C'est le même personnage, Marie-Lila, qui va découvrir deux facettes de sa personnalité ; d'un côté elle est en lien très fort avec son père, en ayant une proximité, une sensibilité, une amitié, une façon de penser qui est très proche de ce dernier. Pour preuve, lorsque son père va mourir, elle ne tardera pas à quitter le Maroc, elle va voyager et en quelque sorte réaliser le rêve de papa...

C.O. : C'est vrai et je ne le voyais pas comme cela.

E.H. : Et dans la deuxième partie du roman, Maria-Lila, va quitter sa mère, comme mourir symboliquement à la relation de vie, de proximité à sa propre mère. Il est interpellant de constater qu'elle se retrouve, à Paris, dans des comportements, des façons d'être et de penser qui sont très proches de ceux de sa mère. Ne va-t-elle pas, tout en étant éloignée géographiquement de maman, vivre une vie personnelle et se découvrir, proche de celle que vit sa mère ?


C.O. : Ce que je veux, c'est partager avec mes lecteurs, que je sens très proches de moi, ce dont j'ai toujours rêvé : j'aurais voulu " être psy " ; et les " patients " que je n'ai pas, sont les personnages, héros et héroïnes, de mes romans : je choisi des cas qui m'intéressent et j'essaye de comprendre d'analyse ce qui se passe. Comme je n'ai pas réellement de patients à soigner, je propose à travers mon roman juste une expérience qui peut aider. Tout comme cela m'a aidé pendant mon long travail d'analyse - que j'ai poursuivi en travaillant seule, notamment en lisant. J'ai beaucoup lu, et c'est ce qui m'a souvent permis de me faire la remarque que je n'étais pas seule à avoir vécu, ressenti, telle ou telle chose. De mon expérience cela participe de la thérapie. L'un des points qui m'ont fait souffrir c'est surtout ma différence : à Paris, on me prend pour une snob. Ce doit être dans mon attitude car je ne suis pas héritière d'une grande famille parisienne ou aristocratique. Je voulais être acceptée pour ce que je suis vraiment, aimée ou pas n'est pas important pour moi. Etre moi ! Je voulais aussi raconter la difficulté à être confrontée à un autre milieu tout en restant soi. Ce qui m'intéresse avec la petite Maria-Lila, à qui je fais monter des escaliers pour représenter l'ascension sociale à laquelle elle va être confrontée : elle va être regardée de haut, elle va être attendue en haut et examinée ! C'est toute la difficulté de rester soi quand on est jeune et peu ou pas sûr de soi, face à quelqu'un qui va incarner le chic, la vie parisienne, le pouvoir et tout le reste. La personnalité se dissout et on ne se sent plus rien, on devient comme une flaque ; cela m'intéressait pour dire " restez et soyez vous-même, ce n'est pas si mal que cela ! " J'en ai fait l'expérience, je me sentie mal, j'ai pensé que l'autre c'était mieux, d'où les allusions au snobisme, qui peuvent être perçues comme futiles, mais qui ne le sont pas du tout. Je crois que le snobisme c'est de penser que " l'autre est mieux ", certainement par vanité. J'ai mis longtemps pour pouvoir me retourner de façon plus objective sur mon passé, sur mon enfance. Cette phrase, " n'oublie pas d'être heureuse " n'est pas réellement une phrase de mon père, c'est une phrase de moi à moi-même ! J'ai eu l'impression d'être orpheline, car mon père est décédé alors que j'étais jeune ; et ma mère ressemble beaucoup au personnage du roman : une femme lymphatique. J'ai encore l'impression d'avoir élevé ma mère, de l'avoir beaucoup aidée en devant sans cesse être forte... .


E.H. : N'auriez-vous pas repris à votre compte, de vous investir fortement dans la relation à votre mère, en modifiant, en vous imposant d'être heureuse, ce que votre père probablement n'avait pas réussi à faire avec elle ?


C.O. : C'est ce que vous entendez ?


EH : Est-ce que le père n'est pas le réel vecteur d'aller de l'avant, d'en découdre avec la vie, au risque d'y perdre la santé, " d'y rester " ? Mais, peut-être n'a-t-il pas réussi, a-t-il " oublié d'être heureux " ? 


C.O. : ...


E.H. : Est-ce que la mère n'est pas une " vraie snob ", une vraie profiteuse, jouisseuse de la vie ? N'est-ce pas cela le véritable snobisme que de pouvoir profiter de son patrimoine, de sa villa, de son bord de mer, de s'attacher à rester en bonne santé ?

C.O. : Vous me l'apprenez. Maman est certainement une " vraie " forte. Une sage. Je me demande encore souvent : " comment se fait-il que maman est restée comme cela " ? Maman n'a jamais eu besoin de se confronter aux autres.

E.H. : Ne s'est-elle pas laissée affronter par papa, le laissant se perdre ?


C.O. : Oui, elle a accepté d'épouser mon père qui était un homme intelligent.


E.H. : La mort prématurée de votre père ne lui marquera-t-elle pas de facto son impossibilité à changer, à évoluer ?


C.O. : Je ne sais pas. Je n'ai pas bien compris les mystères de ma mère.


E.H. : Est-ce que la place que prend Fifi dans le roman ne serait pas l'image projetée de la mère idéale : celle qu'elle aurait aimé voir substituer à sa propre mère ? Marie-Lila ne va-t-elle pas découvrir à travers Fifi " la mère de tous les possibles " ? C'est celle qui est la belle parisienne pendant les vacances d'été dans le petit village de Fédala, au Maroc. Il n'en sera pas de même, vu de Paris cette fois-ci !


C.O. : Ce sont aussi les héros de jeunesse qui subissent le regard de Maria-Lila et de sa cousine, qui, devenues adultes, vont juger, porter un regard critique : Fifi, d'une femme digne d'admiration, vue en parisienne, devient un peu ridicule !


E.H. : Finalement, la mère de Maria-Lila ne sera jamais ridicule ; deviendrait-elle une mère de référence ? Indétrônable ?


C.O. : C'est vrai.


E.H. : Marie-Lila a eu besoin de s'éloigner physiquement de sa mère, de la même façon que le père s'est éloigné, d'abord par son métier d'assureur maritime, puis définitivement par la mort subite : est-ce que vous partager cette analyse ?


C.O. : Oui. En fait, sa mère n'avait pas besoin, comme elle, de se lancer des défis ; ce roman traite aussi de ces défis que l'on se lance, jusqu'à en oublier à être heureux, car notre vie, bien malgré nous, est faite de défis. On fait des études qui sont longues, difficiles, parfois ennuyeuses, mal orientées, " parce qu'il le faut " ...


E.H. : Bien que vous personnellement, ayant fait de longues années d'études pour devenir notaire, vous avez dû très certainement chercher à faire plaisir à maman !


C.O. : Mais c'est à papa ... je suis notaire : " vous ne croyez pas ? ". Mais maman est très fière de moi, bien que j'ai eu souvent l'impression qu'elle avait de fausses valeurs : elle était fière chez moi de choses plus superficielles. Ce n'est pas ce que j'aurais espéré.
(Long silence).
Donc cette femme qui ne se lance pas vraiment de défis ; une femme qui est bien là où elle est....

E.H. : ... une mère qui va plus que " stagner " dans la vie, comme vous le laisseriez entendre, mais qui va jouer un véritable point de repère, tout comme un phare qui indique indéfectiblement l'entrée du port pour les marins qui y entrent. Une mère qui va permettre à sa fille de pouvoir partir, mais aussi de savoir qu'elle va toujours  pouvoir revenir à/sur elle-même.


C.O. : Pourquoi ?


E.H. : Je trouve extraordinairement fort que vous ayez personnellement un " couple " de garçons ! C'est une belle, trop parfaite réponse, reproduction, du schéma de vos parents !


C.O. : Le trouvez-vous ?


E.H. : Le couple de filles qui ne réussira pas à vivre, " emporté " par le départ, la mort de papa, mais aussi le décès de votre soeur : ne vous restait-il pas à vous éloigner - vous aussi - de votre mère que pour mieux " faire comme elle ".... Un couple de garçons ? Un couple de garçons pour lui faire " un pieds de nez ", tout en faisant plaisir à votre père !


C.O. : Effectivement et pour moi c'était terrible, parce que je ne voulais pas de filles. J'ai été marié, une première fois, sans enfant. La deuxième fois, je n'en voulais toujours pas, j'ai même averti mon actuel mari que les enfants pour moi, " c'est philosophique". J'avais décidé que je ne voulais pas d'enfant. Puis, j'ai été en analyse et la vie en a décidé différemment et Dieu merci c'est la plus grande joie que j'ai aujourd'hui d'avoir mes deux garçons. Je ne voulais absolument pas faire comme ma mère et j'étais terrorisée à l'idée d'avoir des filles. Je suis interpellée que vous me disiez que j'ai voulu reproduire le modèle de ma mère, alors que j'ai justement tout fait pour m'en échapper !
(Silence).
... Comme mon héroïne, m'en servir comme contre-modèle.
(Silence).
Vous ne lisez pas cela ? Vous avez certainement raison.


E.H. : A la fin de votre roman, à travers la mort de " la soeur ", de Sofia, c'est un évènement soudain qui va permettre une " tiercéïsation " et finalement propose de passer, de dépasser " l'impossible " passage, à autre chose dans la vie ; comme si cela révèle l'envers - je dirais même " l'en-mère " - du décor : la place de Fifi devient évidente, réelle, par rapport à la mère mettant fin de facto à l'impossible homosexualité analytique de Maria-Lila et " Sofia ". Fifi " prend les choses en main " ce que n'avait pas voulu faire, révéler ou comprendre (?), le père et qui reste totalement interdit la mère.


(Sourire puis silence).


C.O. : Parfois je me dis, lorsque je vois les explications de texte de mon deuxième fils en classe de seconde, que les professeurs donnent des interprétations à des textes qui vont, me semble-t-il, bien au-delà de ce que peut-être l'auteur a voulu dire. J'écris sur des sujets, des évènements, que je ne comprends pas et il est possible que mon écriture m'ait aidée et m'aide encore aujourd'hui à beaucoup avancer. C'est sûr que je suis plus intéressée par ce que je n'ai pas compris et que je cherche encore, plus que par ce que je sais déjà. C'est comme cela que " je gagne des étapes " et je les partage dans mes livres avec mes lecteurs. Je parle à mes lecteurs comme je parlais à ma petite soeur qui n'est plus, et cela me permet de continuer à donner...

E.H. : ..." Comme papa ", vous êtes une aventurière " en mère " ! Peut-être cherchez-vous à partager vos découvertes ? Peut-être que vous allez à la pêche, à la chasse aux idées !?


C.O. : Vos propos me rappellent ce qu'un jour un psy m'avait fait remarquer sur ce même sujet : je ne mange rien de ce qui vient de la mer et alors, il m'avait demandé comment j'écrivais le mot " mer " ? En vous entendant aujourd'hui, je dois dire que je ne mange rien de ce qui vient du père ; je ne mange rien de ce que mon père a tué, poisson ou gibier !


E.H. : Est-ce que papa ne s'est pas aussi " tué à la relation à maman " ?


C.O. : Qu'est-ce que cela veut dire ?
(Silence).
Je ne comprends pas.   


E.H. :Peut-être a-t-il comprit qu'il ne pourrait jamais la changer....


C.O. : C'est peut-être pour cela que je m'occupe de ma mère encore aujourd'hui.
(Long silence).
Vous savez, " on ne sait pas toujours tout ce que l'on écrit ", il y a des zones que l'on ne maîtrise pas, bien que je fasse des efforts pour essayer de comprendre. Au fond je ne m'intéresse pas qu'à moi et c'est en essayant de comprendre les autres que je suis mieux et c'est plus confortable...


E.H. : ...bien que dans ce roman, " c'est vous qui nous donnez " à lire, à découvrir !


C.O. : Je donne à mes lecteurs une partie de moi, comme expérience enrichissante, pour qu'ils puissent " comprendre ". Dans ce livre j'ai cherché l'universalité du sujet sur le déracinement et dès à présent à travers le courrier de lecteurs, hommes ou femmes, que je reçois, ils me disent qu'ils se sont identifiés à mes personnages ; on peut arriver de Normandie à Paris et les sensations, les épreuves, sont les mêmes.


E.H. : Votre livre m'a fait pensé au " Partir " de Tahar Ben Jelloun.


C.O. : Je ne l'ai pas lu. Vous me le conseillez ?


E.H. : Très certainement. Peut-être, si vous l'acceptez, nous pourrions échanger, en forme de conclusion, sur votre livre " Deux fois par semaine " dont j'ai recommandé la lecture de votre livre des dizaines de fois ?


C.O. :   J'ai choisi le titre de ce livre à cause de l'ambiguïté de la situation de la relation du patient avec son psy. Lorsque j'arrivais aux rendez-vous j'avais le coeur qui battait, je faisais attention aux chaussures que je portais. C'est un livre assez autobiographique et les raisons de ma présence dans le cabinet du psychanalyste étaient totalement dramatiques et je ne m'y rendais pas par curiosité intellectuelle : j'étais totalement désespérée. Il y avait tout-de-même une ambiguïté dans notre relation qui se glissait et me portait à en rire, parce que j'étais lucide sur le côté dramatique de la situation, c'est l'envie de séduire ; c'est ce que j'analyse dans le livre : s'il m'aime bien alors " forcément " il va être capable de me guérir !


E.H. : Il vous fallait partir pour guérir !

C.O. : Certainement. Puis, " j'ai fait mon transfert avec Freud " pour l'embêter ! J'étais un peu garce ! J'étais devenue amoureuse de Freud, je lui en parlais et j'ai voyagé à Vienne. Le psy se marrait...

E.H. : La suite de l'histoire dans " N'oublie pas d'être heureuse ! " fait aussi intervenir une séparation !


C.O. : Avec le psy ?
(Silence).
C'est vrai, bien qu'il va m'accompagner toute ma vie, " et il est là ". Quelques années après, je lui ai offert un livre et j'ai reçu en retour une longue lettre.
(Silence).
Je me suis interrogée pour savoir ce que pouvait ressentir un psy en recevant et en lisant un livre d'une de ses patientes ; il m'a écrit une lettre très sérieuse. Mais, j'ai été dure avec lui dans celui-ci : les silences lors des séances étaient pesants, il se limait les ongles et lorsque je me retournais pour l'observer à moitié provocante, mais aussi terrifiée, je cherchais à me rebeller et invariablement il me repoussait. La fin du livre est tragique et j'ai reçu beaucoup de courrier de lecteurd qui m'ont dit avoir beaucoup pleuré en finissant de le lire.


E.H. : La mort d'un homme ...

(Silence).

C.O. : J'avais une maladie dont j'ai oublié le nom et dont mon psy ne me parlait pas, qui me faisait ressentir que j'étais " partie de moi ", je ne ressentais plus la vie. Je ne ressentais plus rien. C'était après la mort de mon père que je ne ressentais plus rien, plus exactement entre le jour de sa mort et son enterrement.

E.H. : Vous êtes partie avec lui ...


C.O. : C'est cela.


E.H. : Alors, votre psy vous a probablement poussée à chercher à résoudre, à votre manière, le conflit que vos parents vous ont fait porter bien malgré vous, à savoir : d'une part, entre la recherche de sécurité familiale que représentait votre mère, votre peur, votre stress bien légitime de quitter cette routine que vous décrivez si bien et confortable de surcroît - d'ailleurs n'est-ce pas ce que Maria-Lila va tenter, elle aussi, de chercher et de " retrouver " dans la bourgeoisie qu'elle fréquente et que vous décrivez dans votre roman ? - et d'autre part, ce besoin que vous tenez de votre père et qui vous fait voir la vie comme un voyage, une recherche de connaissances, de culture, de hautes études. Comment allez-vous trouver la paix et l'harmonie qui vous sont si importantes dans cette opposition apparente ?


C.O. : Je suis partie de moi, alors que je continuais à m'habiller pour tromper le monde, mais aussi à sortir et à faire semblant d'aller bien. Je n'avais pas le choix, j'avais un mari malade que je devais aider...


E.H. : Vous ressembliez à maman et vous reviviez " la même vie qu'elle " ! N'aviez-vous pas reproduit une situation identique à celle dans laquelle vous avez connu votre mère !


C.O. : En ne m'habitant pas et en étant inerte ? Même si cela m'est arrivé lors du décès de mon père, je n'arrive pas à dire que ma souffrance, ma maladie, soit liée à lui. Vous le croyez vraiment ?

(Silence).


E.H. : En tous les cas, vous avez " raccroché à la vie " grâce à cet homme. Grâce à votre psy !
(Très long silence).
Peut-être, tout comme Maria-Lila, avez-vous retrouvé un lien d'existence qui passe par " le chemin du père ", le chemin du faire ?

C.O. : Je ne me souviens pas bien.

E.H. : En tous les cas " votre couple de garçons " ne serait-il pas là pour vous le rappeler jusqu'à aujourd'hui ?


C.O. : C'est vrai, je voulais des garçons. Mais est-ce suffisant de vouloir des garçons pour en avoir réellement ?
(Silence).
J'ai conscience d'avoir un psychisme très fort, au point de pouvoir influer sur les évènements de la vie. Cela me fait peur parfois. Je suis très fière d'avoir des garçons qui sont beaux, qui sont intelligents.


E.H. : Avez-vous travaillé en analyse sur " ces sujets " que sont vos garçons pour, " aussi et notamment ", les aider à se construire de façon individuelle ?


C.O. : Non, mais j'essaye, à ma façon de le faire, sans commettre trop d'erreurs et je dois dire que j'ai de bonnes relations avec mes deux fils. Je n'ai pas eu de conflits avec eux.


E.H. : Tout comme votre mère, vous êtes une mère rassurante !


C.O. : Peut-être. Je suis une personne passionnée et j'ai découvert que les passions sont une richesse et que c'est ce que je peux transmettre de mieux au monde... Contrairement à ma mère qui n'était passionnée par rien.


E.H. : Peut-être ne devriez-vous pas dire cela de façon aussi péremptoire, car il me semble que votre mère s'est passionnée pour son confort, pour sa propre existence ?


C.O. : C'est certainement vrai, bien que j'aie des difficultés à le voir ainsi.


E.H. : Très certainement qu'il y a aussi un père présent.


C.O. : Vous avez raison.
(Silence).


E.H. : Merci pour ce moment d'échange, de partage et de sincérité.



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